FRANCOIS Ier

Publié le par forumlorguais

 

Le pape François imprime sa marque

 

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Sur le style, tout au moins, la parenthèse Benoît XVI s'est refermée. Le pape François rit de bon cœur, enfile sans manière le bracelet offert par un cardinal sud-africain, prend un autre prélat par l'épaule, relève d'un geste ceux qui voudraient s'agenouiller devant lui, fait une escapade imprévue dans Rome pour rendre visite à un cardinal hospitalisé. Au niveau vestimentaire, il a opté pour la sobriété : il n'a pas encore enfilé ses chaussures rouges de pape, ne porte toujours pas de mosette sur les épaules, et ne semble pas disposé à troquer sa croix d'argent contre la parure d'or destinée aux papes. Il faut dire que depuis son premier discours sur le balcon de la basilique Saint-Pierre, il se présente comme "l'évêque de Rome", et non comme le souverain pontife.

Lors de ses deux prises de parole officielles, depuis son élection de mercredi 13 mars, il a improvisé ou digressé, regardé son auditoire dans les yeux et appuyé ses dires de grands gestes des bras, rompant radicalement avec le ton monocorde, la voix faible et l'absence totale de gestuelle de Benoît XVI, qui respectait ses discours officiels à la virgule près.

"DIABLE"

Voilà pour la forme. Mais sur le fond, que dit le pape François ? D'un naturel visiblement plus optimiste que son prédécesseur, marqué par une vision sombre du monde, le nouvel élu a engagé, vendredi 15 mars, ses "frères" cardinaux à ne "pas céder au pessimisme, à l'amertume que nous présente chaque jour le diable", une figure déjà évoquée la veille dans sa première homélie.

Sans attendre sa messe d'installation, mardi, et l'homélie programmatique qui pourrait l'accompagner, il a abordé l'une des préoccupations principales de l'Eglise aujourd'hui, en demandant aux cardinaux de "trouver de nouveaux moyens pour évangéliser jusqu'aux confins de la terre". Face à la sécularisation et à la concurrence du protestantisme évangélique sur des terres catholiques, comme l'Amérique latine, le pape argentin devrait être amené à marteler ce message. Venu d'un continent particulièrement touché par la montée en puissance de ces phénomènes, il a déjà mis en pratique ce discours.

 

Dans un entretien paru en février 2012 dans la presse italienne, l'archevêque de Buenos Aires, organisateur de "messes dans les parcs publics", expliquait les méthodes employées dans son diocèse : "Nous cherchons à entrer en contact avec les familles qui ne sont pas impliquées dans les paroisses. Au lieu d'être seulement une Eglise qui accueille et reçoit, nous essayons d'être une Eglise qui sort d'elle-même et qui va vers les hommes et les femmes qui ne connaissent pas grand-chose à la vie paroissiale ou qui y sont indifférents."

PÉRIPHÉRIE

Le discours théorisé sur la nécessité pour l'Eglise de ne pas "se centrer sur elle-même" mais de travailler "à la périphérie" pour (re)conquérir une audience, a favorablement impressionné ses confrères, lors des réunions préparatoires au conclave, selon les cardinaux français.

Illustrant le nouveau style qui vient d'entrer au Vatican, une vidéo qui circule sur Internet montre le cardinal Bergoglio célébrer une messe en plein air, micro au cou, arpentant le devant de l'autel tout en interpellant les fidèles durant son homélie, à la manière de certains pasteurs évangéliques. Une approche qui lui vaudra sans aucun doute les critiques des franges catholiques les plus attachées à une liturgie classique ou traditionaliste. Tandis que son discours très ferme sur les valeurs risque de crisper d'autres sensibilités.

 

 

Conscient des interrogations que son âge, 76 ans, a provoquées, il a aussi, devant les cardinaux, pris le parti d'en faire un atout, se livrant à un éloge de la "vieillesse". "La moitié d'entre nous sommes déjà dans la vieillesse. Mais cette vieillesse est le siège de la sagesse. Donnons aux jeunes cette sagesse de la vie". Le pape émérite Benoît XVI, 85 ans, avait annoncé sa démission le 11 février en mettant en avant des raisons de santé et d'âge. Le pape François a qualifié cette renonciation "d'acte de courage et d'humilité".

"DUR ET TRÈS FERME"

Dans une allusion aux divisions entre les cardinaux, exacerbées durant le conclave, le pape, élu selon le Corriere della Sera avec "90 voix sur 114", leur a aussi rappelé que "l'unité et l'harmonie" étaient possibles "dans la diversité". Dans la même veine, mais toujours avec le sourire, il les a incités à l'"ouverture mutuelle" et à former une "communauté". Face au nouveau "patron" et dans la perspective de changements dans les méthodes de gouvernement, certains cardinaux avaient peut-être en tête cette phrase du futur François, tirée de Sobre el cielo y la tierra ("Sur le ciel et sur la terre"), un livre d'entretiens publié en 2010 avec le rabbin argentin Abraham Skorka : "Un responsable religieux peut être dur et très ferme, mais sans jamais être agressif."

Samedi, en fin de matinée, le pape, qui ne goûte guère les entretiens avec les journalistes, devait rencontrer plusieurs centaines d'entre eux lors de l'"audience" traditionnelle du début de pontificat. Dans l'entretien de 2012 à La Stampa, et alors que le Vatican était secoué par le scandale des VatiLeaks, il jugeait cette profession sujette à "la coprophilie , un péché qui touche ceux qui mettent l'accent sur les choses négatives".

Stéphanie Le Bars (Le Monde)

 

 

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